Extraction de goujon

De WikiDneprUral.

par Philippe "Loriot" LABBÉ

Sommaire

ANALYSE D’UNE MAUVAISE EXPÉRIENCE QUE J’AURAIS PU ÉVITER !

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Il y a des choses...

...qui n’ont pas besoin d’être écrites. D’un point de vue pratique, celle-ci entre dans le domaine de la "débrouille". Je pense qu’elle valait tout de même le coup d’être consignée ici. Même si c’est du temps passé, je pense que les copains Amicalistes en tireront toujours de la substance. Parce que "ÇA" peut arriver à tout le monde…

La pose des caches culbuteurs de Basty-Bike nécessite la dépose des goujons de cache-culbuteurs d’origine du 750. Ceci en vue d’implanter le goujon livré par B.B. Ce goujon est fileté à 8x125 sur toute la longueur.

Avant - Après
Goujon philou-1.jpg
Goujon philou-2.jpg
photos Ph. LABBÉ

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Voici la photo du goujon d’origine Ural : lui est fileté avec deux pas différents, l’ISO 8x125 se trouvant implanté dans la culasse.
Photo Ph. LABBÉ

ET VOICI CE QUI M’EST ARRIVÉ :

Je commence par monter des écrous de 8x100 en opposition et je tente de dévisser le goujon gauche, le plus accessible. J’effectue à la main des rotations alternées avec deux clés en opposition. J’ai bien souqué mes deux écrous, et le goujon ne se décolle pas. Je constate que les écrous pourtant sérieusement serré (à bloc) glissent sur le filet de 8X100 !!!

Ils sont en "chewing-gum", c’est sûr !

Plusieurs essais infructueux me décident à utiliser une dégoujonneuse à rouleaux.

Cette dégoujonneuse est une douille à coincement, munie d’un trou carré pour un cliquet d’1/2 pouce (12,7 mm). Je monte donc l’outil sur la partie centrale lisse du goujon, le cliquet, et j’effectue la rotation en forçant.

Et paf ! le goujon casse net, sans prévenir. Je l’extrais. Ou plutôt je le dévisse car il est cassé à 4 mm dans le taraudage par rapport au plat extérieur de la culasse.

La dégoujonneuse à rouleaux

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Extrait du catalogue Facom

Je mettrai deux jours à extraire le restant du filetage, soit 11 mm de long, du trou taraudé de cette culasse. Une perte de temps inadmissible, si je ne m’étais pas précipité vers la facilité ! Et le risque possible de ne pas récupérer la culasse…

VOICI CE QUE J’AURAIS PU FAIRE AVANT :

  1. Ne pas utiliser pour un si petit goujon, le bras de levier du cliquet ½ pouce, bien trop grand.
    Trouver dans mon casier de visserie deux écrous solides qui n’auraient pas glissé sur le filetage. Je les avais, en 100 kg, et je ne suis pas allé voir dans le casier ! Un comble ! Montés sur le second goujon, ces deux écrous ont parfaitement remplis leur office, et le goujon de droite est venu tout seul (mais peut-être aussi qu’il était moins collé, allez savoir ???).
  2. Au premier essai, voyant que le goujon ne se desserrait pas, j’aurais du avoir le réflexe de chauffer la culasse autours du trou du goujon, pour tenter de dilater l’alu et de réduire les sels d’oxydation ou la colle hypothétiques situés autour du filet.
    Pour les chauffes, j’ai utilisé un petit flambard « camping-gaz », avec le petit bec : flamme pointue, concentrée en température, permettant d’atteindre des endroits de petite surface.
  3. Commentaire : A cet endroit, la culasse ne craint rien si la chauffe n’est pas exagérée, et effectuée avec circonspection. A côté par contre, il y a la timonerie des culbuteurs, et là il faut absolument protéger ces organes de la flamme, au risque de modifier leur métallurgie. Utiliser pour cela une tôle de fer (épaisseur mini 0,5 mm) comme suit (voir photo) ou un autre paravent thermique si vous avez.

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Photo Ph. LABBÉ

Je pense que si j’avais chauffé en présence du goujon encore valide, je l’aurais protégé de la chauffe pour ne pas que lui aussi se dilate. On peut poser par exemple un morceau de tube de cuivre 8X10 de longueur 150 mm qui conduira la chaleur à l’extérieur, et n’est en contact qu’avec les pointes de filet du goujon.

Là c’est une photo démo, car c’est le goujon B-Bike qui est monté, mais c’est cela que j’ai fait pour chauffer postérieurement au bris du goujon en vue d’extraire la partie récalcitrante. Remarquez, donc, la tôle qui protège les tiges et les culbuteurs des débordements de la flamme, si petite soit-elle. Cette tôle doit déborder largement vers l’extérieur pour conduire la chaleur. En fait elle fait office de radiateur.

PROCÉDURE D’EXTRACTION, QUELQUES CONSEILS :

Elle demande tout de même de la minutie et de la patience.

On pointe d’abord le goujon avec un pointeau affuté de neuf. Il est absolument indispensable de pointer le goujon le plus au centre possible. Opération délicate, qui détermine la suite et l’attaque du perçage avec le premier foret.

Pour effectuer l’extraction, il est nécessaire de percer le reste du goujon avec des forets solides, d’abord de petit diamètre (2,5 ; 3 ; 4 ; 5 mm) puis jusqu’à 6,35 et 6, 8 on verra pourquoi après.

PERÇAGE :

Je déconseille formellement l’utilisation d’une perceuse électrique, même sur batterie, à démarrage lent. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’elle est trop lourde et n’offre pas la possibilité de faire des corrections de centrage au démarrage de votre perçage car son poids est un handicap notoire à votre feeling de ce point de vue, et son couple trop important pour bien débuter le trou juste au centre.

Utiliser plutôt un tout petit vilebrequin à manivelle de ce genre là :

Choisir la bonne chignole !

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Sur cette photo, c’est le vilebrequin du milieu qui a servi pour les diamètres progressifs jusqu’à 5 mm, puis le gros pour aller jusqu’à 6,8 mm (lire l’anecdote ci après pour + de précisions)
Photo Ph. LABBÉ

Après avoir pointé le centre (pointeau effilé pour ne pas blesser ce qui est bon dans le filet alu) du goujon, commencer le perçage tout doucement. Observer où se trouve le centre du perçage. Si le début du trou vous semble ne pas être au centre du filet, corriger le centrage en penchant le vilebrequin (sens contraire de la direction où vous voulez recentrer) et continuer à percer deux ou trois tours de foret. Pas plus. Observer à nouveau le centre du perçage etc...

c’est à ce prix que vous aurez un trou parfaitement centré. C’est une affaire qui se joue au 1/10ème de mm, mais sur un petit diamètre comme ça, l’erreur de centrage est visible pour peu que votre œil soit un peu exercé !

Une perceuse électrique n’offre pas (n’offrira jamais) cette souplesse de manœuvre.

Pour ne pas déboucher le fond du trou (mais il est déjà percé par Ural à 2 ou 3 mm car on voir le jour dans le fond, vrai !), utiliser une petite butée à vis ou un tube de la bonne longueur sur votre foret, en butée sur le mandrin que vous réglerez à 16 mm pour ce cas :

Comme ça...

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Utiliser absolument une butée si c’est un trou « présumé » borgne !
Photo Ph. LABBÉ

EXTRACTION PROPREMENT DITE :

Le goujon est en acier à 80 kgs, et on doit extraire le reste du filetage acier qu’on vient de percer. C’est donc en quelque sorte un tube d’acier fileté ! On doit le sortir d’une matière "molle" à savoir l’alu, sans endommager le filet dans l’aluminium.

Ce reste de filet était vraiment "collé dur" (je ne m’explique pas pourquoi si ce n’est qu’il ait pu se souder électrolytiquement ce qui est plausible) car les chauffes successives n’ont pas ramolli une hypothétique colle chimique comme par exemple du Loctite, qui lâche prise en chauffant. On lira plus loin, dans l’anecdote, les différents essais d’extraction...

En tout cas, la leçon c’est qu’il est déconseillé pour ce cas de force majeure si le filet ne vient pas, de continuer d’utiliser les extracteurs "queue de cochon" (extracteur conique avec une grande hélicoïde en "pas à gauche", ou même à filets rapprochés car les deux types existent).

En effet, j’ai constaté que l’entrée du trou lisse s’évasait très légèrement de façon conique, en poussant le filet acier dans l’alu. Donc absolutely forbidden (absolument interdit) pour les extractions acier dans alu très récalcitrantes...


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J’ai du cesser de tenter d’extraire ce reste de filet avec ce type d’extracteur dit "queue de cochon".
Photo Ph. LABBÉ

En fait, c’est l’appareil 885 de Facom qu’on m’a gentiment prêté, qui a permis d’extraire ce reste de filet.

Sur la photo ci-après, est expliquée la procédure d’extraction. Bien pratique en tout cas, mais je n’ose penser au prix de cet appareil.

Comme ça...

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Extrait du catalogue Facom
Photo Ph. LABBÉ
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EXTRACTION DE GOUJON DE CULASSE (CACHE-CULBUTEURS) SUR MON URAL. (ANECDOTE)...


Extrait d’un de mes E-mail à Jean Pierre ALLAIN...

"...Je te raconte un peu mes petits malheurs. Une chose est sure, si je n’étais pas retraité, je serais passé tout de suite à l’Hélicoïl. Mais c’est une solution qui ne me satisfaisait pas, car je me suis déjà tiré de situations sans issue avec de la patience et de l’opiniâtreté.(N.d.A. : Hermann THUMM un vieux copain allemand, ingénieur Mercédès m’a dit : "Chez nous, on montait de l’Hélicoïl dans l’alu systématiquement : c’est 2 fois plus solide ").

Hier, 11/07/2012 :

4 heures de boulot très précis. Le goujon est cassé à 4 mm du bord extérieur du trou, et le filet alu n’a pas souffert. Il reste 11 mm de filet dans le trou.

Avec un minuscule vilebrequin très sensible, je perce le goujon bien au centre en corrigeant le centrage à chaque départ. Pas facile, mais en fin de compte mon trou est parfaitement centré et je perce successivement à 2,5 ; 3 ; 4 ; 5 mm Avec mes extracteurs hélicoïdes, et un petit tourne-à-gauche, je tente d’extraire le filet percé. J’utilise deux tailles d’extracteurs. Il n’y a rien à faire à froid.

Je chauffe la culasse autours et à l’intérieur du trou avec un petit flambard à gaz (il débouche et je vois la flamme de l’autre côté, dans le puits se trouvant sous la bougie) pour réduire les sels ou le produit qui collent ce filet. Je n’ose pas forcer la chauffe de peur de déformer la culasse. Je fais 4 chauffes.

Re-essai d’extraction une fois le filet froid (refroidi à l’air comprimé directement dans le trou). Nouveaux essais d’extraction, et toujours rien. Je suis à chaque fois au bord de la rupture des extracteurs et je ne veux pas laisser un morceau d’extracteur en acier dans ce trou là ! Ce serait la fin des haricots...

Je passe à autre chose pour me changer les idées, et j’extraie l’autre goujon, le droite, qui lui ne demande qu’à se desserrer sans m’enquiquiner. Une bonne chose, car je ne me voyais pas dételer avant de partir la semaine prochaine...

Je décroche de ce boulot en fin de soirée, en me disant que la nuit porte conseil !

Aujourd’hui 12/07/2012 :

Dure Journée ! Avec un moral dans les chaussettes du à ce goujon cassé là où il ne fallait pas, car ça bouleverse mon planning de départ en vacances.

Ce matin lever aux aurores ; je me mets au travail sur cette culasse que je ne veux pas démonter. Je continue de percer, et j’arrive à 6 mm. Toujours pas de glissement de ce filet qui ne veut pas sortir. Les extracteurs encaissent des torsions surprenantes sans broncher, mais je décide de ne plus forcer, et j’appelle Franck DORMOY (le fils de Jacques DORMOY, « Père » des CEMEC et RATIER).

Je lui expose le truc, et il me dit qu’il a l’outil qui va dans son atelier. Il sent bien que j’ai un moral d’enfer et arrive avec ses petits outils.

Je perce à 6,35 comme sur la notice, emmanche l’extracteur cannelé à force avec un petit marteau, comme prévu pour cet outil, et avec l’écrou de manœuvre, je commence des rotations à droite et à gauche pour décoller le filet. En effet, 7 mm de filet sortent du trou. Celui-ci s’est rompu, et il en reste encore 4 dans le fond du trou qui refusent de venir.

Nous décidons en discutant d’utiliser la solution suivante : Amener le restant de filet situé assez loin à 6,75 mm qui est le diamètre de fond de filet. Délicatement j’effectue ce complément de perçage avec un foret (de 6,8 car je n’ai pas 6,75 dans mon râtelier), et mon petit vilebrequin, pendant que Franck effectue la correction d’alignement de mon axe de perçage en m’appuyant + ou – sur le coude. Ceci pour ne pas blesser le filet alu de la culasse à l’entrée.

Finalement, nous parvenons à tangenter le sommet du filet alu dans le fond du trou. Avec un taraud N° 2 bien lubrifié au fuel, tout doucement, j’enlève le fond de filet qui reste, et je repasse un N°3 sur toute la longueur du filetage alu. Coup de soufflette évidemment pour chasser la limaille...

En tout cas merci Facom ! Je mets une photo de l’outil merveilleux qui a permis de solutionner ce problème.

Ouf, la culasse est sauvée et il n’y a plus de bobo grave. Un petit jeu de montage du goujon de Basty qui sera compensé par le Loctite frein filet faible que je prévois d’utiliser.

C’était une véritable opération chirurgicale et ça m’a pris deux journées tout ça ! Mais je suis extrêmement patient, et j’avais décidé d’y arriver.

Finalement on se dit avec Franck qu’on a bien mérité d’aller casser la croûte dans un petit resto ouvrier. Récompense...

Je te souhaite une bonne fin de soirée.

Philippe"
Le petit matériel qui marche bien !
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photos Ph. LABBÉ

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Mon ami Franck DORMOY.
Photo Ph. LABBÉ

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La culasse du 750, goujon cassé. Vacherie !!!
Photo Ph. LABBÉ

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Le morceau de filet extrait avec l’appareil 885
Photo Ph. LABBÉ

Voilà, j’espère que cette expérience vous sera utile si vous vous retrouvez un jour avec un goujon cassé…

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Achevé à Morigny le 13/07/2012 juste avant le feu d’artifice...
Philippe LABBÉ Philippe labbe.gif